qu’est-ce qui se passe réellement dans notre cerveau lorsque nous marchons ?
Posté le 25/09/2026

Marcher : quand le mouvement agit aussi sur notre cerveau
Et si chacun de nos pas mettait en mouvement bien plus que notre corps ?
Il y a quelques jours, je vous parlais de marche consciente et de cette idée qui peut sembler paradoxale : lorsque nous marchons, notre équilibre ne vient pas de notre immobilité.
À chaque pas, nous transférons notre poids, quittons momentanément un appui pour en retrouver un autre.
Nous avançons grâce à cette succession de déséquilibres et de rééquilibrages.
Mais pendant que notre corps marche, que se passe-t-il dans notre cerveau ?
La question est loin d’être anodine.
La recherche scientifique s’intéresse depuis plusieurs années aux effets de l’activité physique sur notre santé mentale et sur certains mécanismes cérébraux.
Et la marche, ce mouvement si ordinaire que nous n’y prêtons parfois même plus attention, en fait partie.
Marcher, ce n’est pas seulement déplacer notre corps
Nous savons aujourd’hui qu’une activité physique régulière participe à notre santé physique, mais également à notre santé mentale et cérébrale.
L’Organisation mondiale de la Santé rappelle notamment que l’activité physique régulière peut contribuer à réduire les symptômes d’anxiété et de dépression et à améliorer la santé cérébrale.
Et lorsqu’on s’intéresse spécifiquement à la marche, les résultats sont particulièrement intéressants.
Une méta-analyse publiée en 2024 a regroupé 75 essais contrôlés randomisés représentant 8 636 participants.
Les chercheurs ont observé, chez les adultes, une diminution des symptômes dépressifs et anxieux associée aux interventions basées sur la marche par rapport à des groupes inactifs.
Les bénéfices ont été retrouvés dans différentes formes de marche : en intérieur ou en extérieur, seul ou en groupe, avec des durées et des fréquences différentes.
Cela ne signifie évidemment pas que « marcher guérit la dépression » ni que la marche remplace un accompagnement médical ou psychologique lorsqu’il est nécessaire.
Cela montre quelque chose de beaucoup plus intéressant à mes yeux :
mettre notre corps en mouvement peut participer à notre équilibre psychique.
Et dans notre cerveau ?
L’activité physique mobilise de nombreux mécanismes physiologiques.
Parmi ceux étudiés par les chercheurs se trouve notamment le BDNF (Brain-Derived Neurotrophic Factor).
Derrière ce nom un peu compliqué se trouve une protéine impliquée dans différents mécanismes de plasticité cérébrale, c’est-à-dire dans la capacité de notre cerveau à s’adapter et à se modifier.
Une revue scientifique publiée en 2025 s’est justement intéressée aux relations entre la marche et le BDNF.
Les résultats suggèrent que certaines formes de marche, notamment à intensité modérée ou élevée lors d’efforts ponctuels, peuvent influencer les concentrations de BDNF.
Mais les chercheurs restent prudents : les effets à long terme sont encore insuffisamment compris et dépendent notamment de l’intensité, de l’âge et d’autres facteurs.
C’est important de le préciser.
La science ne nous dit donc pas simplement :
« Marchez et votre cerveau produira davantage de BDNF. »
Elle nous montre plutôt que le mouvement fait partie des éléments susceptibles d’agir sur des mécanismes associés à notre fonctionnement cérébral et à sa capacité d’adaptation.
Et cela change déjà notre façon de regarder un simple pas.
Quand marcher devient une expérience consciente
Nous pouvons marcher sans réellement nous rendre compte que nous marchons.
Nous partons de chez nous, pensons à notre journée, anticipons ce que nous allons faire, repensons à une conversation…
Et nos jambes avancent pendant que notre esprit est ailleurs.
Mais nous pouvons également faire une autre expérience.
Sentir le contact du pied avec le sol.
Percevoir le poids du corps qui se déplace.
Observer le moment où un pied quitte le sol tandis que l’autre nous soutient.
Sentir le déroulement du pas.
Percevoir notre respiration.
Et simplement remarquer ce qui se passe en nous.
C’est ici que nous pouvons faire le lien avec la sophrologie.
La sophrologie ne cherche pas à transformer la marche en performance.
Elle nous invite à porter notre attention sur l’expérience vécue : sur notre corps, nos sensations, notre respiration et notre présence à nous-mêmes.
Il faut néanmoins distinguer les deux choses.
La recherche scientifique montre les effets de la marche et, plus largement, de l’activité physique.
Elle ne permet pas d’affirmer que pratiquer une marche consciente en sophrologie multiplierait ces effets physiologiques ou neurologiques.
La sophrologie apporte une autre dimension :
celle de la conscience de l’expérience.
Marcher met notre corps en mouvement.
Marcher consciemment nous permet aussi de vivre et ressentir ce mouvement.
Et si nous en faisions l’expérience ?
La prochaine fois que vous marcherez, je vous propose quelque chose de très simple.
Pendant quelques pas, marchez comme vous le faites habituellement.
Puis, sans chercher à modifier votre façon de marcher, portez simplement votre attention sur vos pieds.
Sentez leur contact avec le sol.
Observez le déplacement du poids de votre corps d’un côté vers l’autre.
Puis laissez votre attention se porter sur votre respiration.
Quelques pas seulement.
Et posez-vous cette question :
Qu’est-ce qui change lorsque je ne fais plus seulement le mouvement, mais que je prends le temps de le ressentir ?
Il n’y a pas de bonne réponse.
Il y a votre expérience.
L’équilibre n’est peut-être pas l’immobilité
Finalement, ce que nous enseigne la marche dépasse peut-être le simple fait de nous déplacer.
Notre corps avance parce qu’il accepte continuellement de quitter un équilibre pour en construire un autre.
Notre cerveau, lui aussi, possède cette formidable capacité d’adaptation et de transformation.
Et lorsque nous portons consciemment notre attention sur ce mouvement, nous pouvons découvrir autrement quelque chose que nous faisons pourtant chaque jour.
Peut-être que ralentir ne signifie pas forcément s’arrêter.
Parfois, ralentir, c’est simplement être davantage présent à chacun de nos pas.
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Ralentir pour être – Mélanie Kieffer, Sophrologue Caycédienne
Pour aller plus loin
- Dr Éric Griez, Guérir par la marche – Gérer le stress, réduire l’anxiété et prévenir la dépression, Eyrolles, 2019.
- Xu Z. et coll., The Effect of Walking on Depressive and Anxiety Symptoms: Systematic Review and Meta-Analysis, JMIR Public Health and Surveillance, 2024.
- Khalil M.H., The Impact of Walking on BDNF as a Biomarker of Neuroplasticity: A Systematic Review, Brain Sciences, 2025.
- Organisation mondiale de la Santé, Physical Activity, 2024.
Parfois, cela peut commencer simplement…
par un pas.
Ralentir pour être.
« Être ancré, ce n’est pas rester immobile.
C’est pouvoir bouger, s’ajuster et retrouver son équilibre. »
Mélanie Kieffer, Sophrologue Caycédienne & Praticienne en Choréosophrologie