
Neuroatypies : quand le mouvement devient une autre porte d’entrée vers la sophrologie
Un sujet qui me touche personnellement
Une démarche centrée sur la personne
Une démarche centrée sur la personne consiste à ne pas construire l’accompagnement uniquement à partir d’un diagnostic, d’un trouble ou d’un protocole prédéfini.
Elle prend en considération la personne dans sa singularité :
Les quatre principes SARA en sophrologie Caycédienne
Cette démarche s’inscrit pleinement dans les quatre grands principes de la sophrologie Caycédienne, réunis sous le moyen mnémotechnique SARA :
Ces principes ne constituent pas un protocole particulier destiné aux personnes neuroatypiques. Ils fondent ma manière de pratiquer auprès de toutes les personnes que j’accompagne.
Ils prennent néanmoins une importance particulière lorsqu’il est nécessaire de proposer un cadre individualisé, évolutif et respectueux de fonctionnements très différents.
S — Le schéma corporel comme réalité vécue
En sophrologie Caycédienne, le schéma corporel ne concerne pas uniquement l’image que nous avons de notre corps.
Il correspond à la manière dont nous vivons notre corps dans l’instant : nos appuis, notre posture, nos mouvements, nos sensations et notre présence corporelle.
Chez certaines personnes neuroatypiques, le rapport au corps et aux sensations peut être particulier. Certaines sensations peuvent être difficiles à repérer ou à nommer. D’autres peuvent être perçues avec une grande intensité.
L’objectif n’est donc pas d’imposer une manière « correcte » de ressentir son corps. Il s’agit d’aider la personne à découvrir progressivement sa propre expérience corporelle, avec ses repères, ses limites et ses ressources.
Le mouvement proposé en choréosophrologie peut faciliter cette rencontre avec le corps, notamment lorsque l’immobilité ou une attention prolongée portée aux sensations internes est inconfortable.
A — L’action positive
R — La réalité objective
Le principe de réalité objective concerne en grande partie la posture du sophrologue.
Il m’invite à observer la situation avec le plus de justesse possible, à reconnaître mes compétences et mes limites, et à ne pas projeter mes propres attentes ou interprétations sur la personne.
Je ne peux pas déduire ses besoins uniquement à partir de son diagnostic.
Je dois prendre le temps de la rencontrer, d’écouter ce qu’elle veut ou peut exprimer et d’observer ce qu’elle manifeste, verbalement ou autrement.
Chez un enfant ou chez une personne qui communique peu par la parole, cela peut notamment passer par l’observation de ses réactions, de ses mouvements, de ses évitements, de ses choix, de ses refus ou de ses signes d’intérêt.
Cette recherche de réalité objective correspond pleinement au fil conducteur que je donne à mon accompagnement :
Écouter • Comprendre • Accompagner
Écouter, c’est accueillir la parole de la personne, mais aussi sa manière singulière de communiquer et ce que son corps peut manifester.
Comprendre, c’est chercher, en toute humilité, à percevoir son fonctionnement, ses besoins et sa réalité, sans prétendre tout savoir d’elle ni la réduire à une interprétation ou à un diagnostic.
Accompagner, c’est ensuite avancer à ses côtés et lui proposer une pratique ajustée, dans le respect de son rythme, de ses possibilités, de ses choix et de ses limites.
Je ne peux pas accompagner justement si je n’ai pas commencé par écouter et chercher à comprendre.
Et comprendre ne signifie pas savoir à la place de l’autre. Cela demande de rester disponible, d’accepter de réajuster ma perception et de reconnaître que la personne demeure la première experte de ce qu’elle vit.
La réalité objective implique également de rester à ma juste place professionnelle.
Je ne suis pas professionnelle de santé. Je ne pose pas de diagnostic, je ne prescris aucun traitement et je n’interviens pas dans les décisions médicales, psychologiques ou paramédicales.
La sophrologie et la choréosophrologie ne remplacent pas les accompagnements médicaux, psychologiques, paramédicaux, éducatifs ou sociaux lorsqu’ils sont nécessaires.
En revanche, avec l’accord de la personne ou de ses représentants légaux, je peux travailler en complémentarité avec les professionnels qui l’accompagnent.
A — L’adaptabilité
Le principe d’adaptabilité signifie que le sophrologue ne propose pas sa pratique de manière rigide.
Le cadre et les intentions de la méthode demeurent, mais la manière de les transmettre s’ajuste à la personne, à sa réalité du moment et à son évolution au fil des séances.
Ce n’est pas à la personne de s’adapter à ma pratique : c’est à moi d’adapter ma pratique à la personne.
J’adapte mes propositions à sa manière de communiquer, à son rythme, à ses possibilités, à ses sensibilités et à ce qu’elle manifeste pendant la séance.
Cela peut concerner :
Adapter ne signifie pas décider à la place de la personne.
Il s’agit d’écouter, d’observer, de proposer et de réajuster avec elle. Une adaptation pertinente ne se déduit pas automatiquement d’une étiquette. Elle se construit dans la rencontre.
La sophrologie peut-elle être adaptée aux personnes neuroatypiques ?
Les quatre principes SARA offrent un cadre cohérent pour penser un accompagnement individualisé.
Ils ne permettent cependant pas d’affirmer que la sophrologie conviendra automatiquement à toute personne autiste, TDAH, hypersensible ou présentant un autre trouble du neurodéveloppement.
Chaque personne possède son propre fonctionnement.
La sophrologie peut lui convenir, nécessiter des adaptations importantes ou ne pas correspondre à ses besoins du moment.
Certaines propositions habituellement associées à la relaxation peuvent être inconfortables : rester longtemps immobile, fermer les yeux, porter son attention sur sa respiration, écouter une visualisation très détaillée ou demeurer silencieux pendant une durée importante.
Chez certaines personnes, l’attention peut avoir besoin de mouvement. Le silence peut amplifier les pensées. La perception du corps peut être intense, difficile à identifier ou parfois inconfortable. Une musique, une voix, une lumière, une odeur ou un changement inattendu peuvent également prendre beaucoup de place.
Cela ne signifie pas que la personne est incapable de pratiquer.
Cela nous invite à chercher avec elle une porte d’entrée qui lui corresponde davantage.
La véritable question n’est donc peut-être pas seulement :
« La sophrologie est-elle adaptée aux personnes neuroatypiques ? »
Elle pourrait plutôt être :
« Comment adapter la pratique pour qu’elle respecte cette personne, son fonctionnement et sa réalité ? »
Cette porte d’entrée peut parfois être le mouvement.
La choréosophrologie : ressentir par le mouvement
La choréosophrologie associe les principes de la sophrologie Caycédienne au mouvement et à la musique.
Il ne s’agit pas d’un cours de danse. Il n’y a pas de chorégraphie à mémoriser, de mouvement parfait à reproduire ni de résultat esthétique à obtenir.
La personne est invitée à expérimenter des gestes simples et accessibles afin de porter autrement son attention vers son corps, ses appuis, son rythme et ses sensations.
Pour une personne qui rencontre des difficultés à rester immobile ou à maintenir son attention sur une consigne statique, le mouvement peut constituer un point d’appui. Il donne une direction à l’attention et permet parfois de revenir progressivement vers soi sans exiger de faire immédiatement le calme dans ses pensées.
La personne peut notamment être invitée à :
La pratique peut alterner des temps de mouvement, des pauses et des moments d’observation.
Le corps devient alors un chemin possible vers une meilleure présence à soi.
Une pratique réellement adaptable
Selon les besoins de la personne, il est possible de proposer :
La personne reste libre de réaliser un mouvement, de le faire de façon plus discrète, de l’adapter, de l’interrompre ou de rester simplement dans l’observation.
Il n’y a rien à réussir.
Cette liberté ne signifie pas que la séance est dépourvue de cadre. Au contraire, un cadre compréhensible, sécurisant et suffisamment prévisible peut permettre à chacun d’explorer la pratique à son rythme.
Retrouver la personne au-delà du diagnostic
Une personne peut avoir longtemps entendu parler de ses difficultés, de ce qu’elle ne fait pas comme les autres ou de ce qu’elle devrait parvenir à modifier.
La sophrologie ne nie pas les difficultés vécues et ne cherche pas à effacer ses particularités.
Elle peut toutefois lui offrir un espace différent : un espace dans lequel elle n’est pas uniquement regardée à travers ses troubles, ses symptômes ou ses comportements.
La séance peut lui permettre de revenir vers ce qu’elle ressent, ce qu’elle apprécie, ce qui la sécurise et ce dont elle a besoin. Elle peut progressivement mieux reconnaître ses propres repères et prendre conscience des ressources déjà présentes en elle.
L’intention n’est pas de lui apprendre à mieux correspondre à une norme.
Elle est de lui permettre de mieux se connaître, de reprendre sa place et de se réapproprier sa manière singulière d’être au monde.
Le diagnostic demeure une information importante, mais il ne devient pas l’identité de la personne.
Des séances individuelles pour l’enfant, l’adolescent ou l’adulte
Une personne ou une famille peut me contacter directement pour envisager un accompagnement individuel.
Pour un enfant ou un adolescent, les pratiques peuvent être plus courtes, concrètes et vivantes. Selon son âge et ses besoins, nous pouvons utiliser le mouvement, la musique, l’imaginaire ou des gestes faciles à retrouver dans son quotidien.
Les parents peuvent me transmettre des informations précieuses sur son fonctionnement, ses habitudes, ses sensibilités et les situations qu’il vit plus difficilement.
Toutefois, leurs observations ne remplacent pas la place de l’enfant ou de l’adolescent.
Même lorsqu’il ne peut pas expliquer précisément ce qu’il ressent, je reste attentive à sa manière de communiquer, à ses réactions, à ses choix, à ses refus et à ce qu’il manifeste pendant la séance.
Pour un adulte, la séance peut constituer un temps pour se recentrer, mieux percevoir ses limites, reconnaître certains signes de surcharge ou retrouver une relation plus consciente avec son corps.
Les objectifs sont définis avec la personne et, lorsque cela est nécessaire, avec sa famille ou les professionnels qui l’accompagnent. Ils ne sont jamais déduits automatiquement de son diagnostic.
Une séance parent-enfant pour nourrir autrement la relation
Lorsqu’un enfant présente un fonctionnement particulier, la relation parent-enfant peut parfois être mise à rude épreuve.
Le quotidien peut être rythmé par les rendez-vous, les adaptations, les inquiétudes, les apprentissages, les incompréhensions ou les moments de surcharge.
Sans que personne n’en soit responsable, la relation risque alors de se construire en partie autour des difficultés à anticiper ou à résoudre.
Une séance parent-enfant peut permettre de créer un espace différent.
Pendant ce rendez-vous, le parent et l’enfant partagent une expérience corporelle, musicale et sensorielle dans laquelle il n’y a ni évaluation ni performance.
Ils peuvent bouger ensemble, observer leurs ressentis, découvrir le rythme de l’autre et vivre un moment qui ne soit pas centré sur ce qui pose problème.
La choréosophrologie peut ainsi leur offrir l’occasion :
Il ne s’agit pas de promettre qu’une séance transformera la relation.
Elle peut néanmoins ouvrir un nouvel espace de rencontre dans lequel le parent et l’enfant ne sont plus seulement réunis autour d’une difficulté, mais autour d’une expérience partagée.
Selon les besoins de la famille, je peux me déplacer à son domicile ou accueillir le parent et l’enfant dans mon espace de pratique.
Accompagner également les parents et les aidants
Accompagner une personne autiste, TDAH ou présentant d’autres particularités peut demander une disponibilité considérable.
Les parents et les aidants doivent parfois anticiper, organiser, expliquer, rassurer, rechercher des solutions et faire face au regard extérieur. Ils peuvent progressivement reléguer leurs propres besoins au second plan.
Or, soutenir une personne ne devrait pas signifier s’oublier entièrement.
Un accompagnement individuel peut offrir au parent ou à l’aidant un espace qui lui appartient. Un temps pour écouter sa fatigue, accueillir ses émotions, relâcher ce qui peut l’être et retrouver ses propres ressources.
La sophrologie ou la choréosophrologie peut lui permettre d’expérimenter des moyens personnels pour :
revenir à lui lorsque la charge devient trop importante ;
mieux reconnaître ses propres limites ;
accueillir ses émotions sans culpabilité ;
retrouver un espace intérieur qui ne soit pas uniquement consacré à son rôle d’aidant ;
se reconnecter à ses besoins et à ses ressources ;
prendre soin de lui tout en continuant à être présent pour son proche.
Le parent peut donc être accompagné seul, avec son enfant ou dans le cadre d’une alternance entre des rendez-vous individuels et des séances partagées.
Quand d’autres professionnels accompagnent déjà la personne
Lorsqu’une personne est déjà suivie par des professionnels de santé, des professionnels du secteur médico-social ou une équipe éducative, une collaboration peut être envisagée avec son accord ou celui de ses représentants légaux.
Cette coopération permet de mieux comprendre les besoins repérés, de prendre en considération les accompagnements déjà en place et de proposer des séances complémentaires et cohérentes.
Dans ce cadre, je peux échanger avec les professionnels concernés afin d’identifier :
Cette co-construction ne signifie pas que les rôles se confondent.
Je ne suis pas professionnelle de santé. Je ne pose pas de diagnostic, je ne prescris pas de traitement et je n’interviens pas dans les décisions médicales, psychologiques ou paramédicales.
Les professionnels de santé et du secteur médico-social restent dans leur domaine d’expertise. J’interviens dans le mien : celui de la sophrologie Caycédienne et de la choréosophrologie.
La collaboration permet de réunir des regards complémentaires tout en maintenant un cadre clair, respectueux de la personne et de la confidentialité.
Des ateliers co-construits avec les associations et les structures
La choréosophrologie peut également être proposée au sein d’une association, d’un établissement ou d’un service accompagnant des enfants, des adolescents, des adultes ou des familles.
Dans ce contexte, je ne propose pas un programme figé que la structure devrait ensuite tenter d’adapter à son public.
L’intervention se construit avec les professionnels qui connaissent les participants et les accompagnent au quotidien.
Un échange préalable nous permet notamment d’identifier :
À partir de ces éléments, je construis une séance découverte, une intervention ponctuelle ou un cycle court adapté au groupe.
Les ateliers peuvent notamment être consacrés :
La présence d’un professionnel de la structure peut être prévue lorsque le public ou le contexte le nécessite.
Cette co-construction permet de partir des besoins réels des participants, de favoriser leur participation et de proposer un accompagnement personnalisé dans un cadre partenarial.
Prendre en compte l’environnement sans confondre les rôles
Une personne ne vit pas de manière isolée.
Son environnement familial, scolaire, professionnel ou institutionnel peut influencer son quotidien, son sentiment de sécurité et sa possibilité d’utiliser ce qu’elle expérimente pendant les séances.
Un enfant peut, par exemple, se sentir en sécurité dans un lieu et en difficulté dans un autre. Une pratique qu’il apprécie pendant une séance devra peut-être être simplifiée ou transformée pour pouvoir être retrouvée à la maison.
Prendre en compte cet environnement ne signifie pas expliquer toutes les difficultés par les relations familiales ni demander aux proches de porter seuls la responsabilité d’une évolution.
Il s’agit de comprendre que la personne, ses besoins, les réponses de son entourage et les conditions dans lesquelles elle évolue peuvent s’influencer mutuellement.
Je ne me présente pas comme thérapeute systémicienne. Je peux néanmoins intégrer cette dimension environnementale dans ma réflexion et, lorsque cela est pertinent, travailler en lien avec la famille et les différents professionnels.
La personne reste au centre de l’accompagnement.
Une approche complémentaire, sans promesse thérapeutique
La sophrologie et la choréosophrologie sont des pratiques d’accompagnement.
Elles ne permettent ni de diagnostiquer ni de traiter l’autisme, le TDAH ou un autre trouble du neurodéveloppement.
Elles ne remplacent pas un suivi médical, psychologique, paramédical, éducatif ou social lorsque celui-ci est nécessaire.
Elles peuvent s’inscrire en complément des accompagnements existants, dans une démarche respectueuse de la personne, de ses besoins et de son parcours.
Il ne s’agit pas de « corriger » une neuroatypie ni de demander à la personne de masquer son fonctionnement.
Il s’agit de lui proposer une expérience corporelle adaptable à travers laquelle elle pourra explorer ses sensations, mieux identifier ses propres repères et découvrir ce qui peut l’aider à revenir vers elle-même.
Partir de la personne, et non de la case
Parler d’autisme, de TDAH, d’hypersensibilité ou de neuroatypie permet de rendre visibles certains vécus et de réfléchir à des adaptations concrètes.
Mais la séance commence véritablement lorsque nous laissons la catégorie en arrière-plan pour rencontrer la personne.
Une personne qui a besoin de bouger pour écouter.
Une autre qui préfère le silence.
Une personne rassurée par la répétition.
Une autre qui a besoin de davantage de liberté.
Un enfant qui communique plus facilement par le geste.
Un parent qui cherche simplement un moment pour retrouver son souffle.
La sophrologie s’adapte parce que l’être humain ne se résume jamais à une étiquette.
La choréosophrologie peut alors devenir une autre porte d’entrée : une façon de passer par le mouvement pour revenir vers ses sensations, ses ressources et sa propre présence.
Non pas pour devenir quelqu’un d’autre, mais pour mieux se rencontrer.
Vous êtes directement concerné, parent, aidant ou professionnel ?
Je propose :
Un premier échange nous permet de réfléchir ensemble au cadre et au format les plus appropriés, sans appliquer de programme prédéfini.
Écouter • Comprendre • Accompagner
Sources et ressources
- Haute Autorité de santé – Trouble du spectre de l’autisme : interventions et parcours de vie de l’adulte
- Haute Autorité de santé – Les attentes de la personne et le projet personnalisé
- CNSA – Une réponse accompagnée pour tous
- Maison de l’autisme – Méthodes d’interventions recommandées dans l’autisme
« Je ne vous accompagne pas à partir d'une case.
Je vous accompagne à partir de vous. »
Mélanie Kieffer, Sophrologue Caycédienne